À Washington, le prosélytisme soft du Musée de la Bible

À Washington, le prosélytisme soft du Musée de la Bible

Tout juste ouvert dans la capitale américaine, le premier musée au monde entièrement consacré au livre saint fait débat.

La file d’attente tourne au coin de la rue pour longer les hauts murs de brique rouge d’un ancien entrepôt frigorifique. Le Musée de la Bible, qui vient d’ouvrir à Washington, non loin des quatorze musées alignés sur l’esplanade du Mall, est déjà un succès public. «Les tickets sont distribués jusqu’à fin décembre», se félicite Danielle Smith, chargée de la communication.

Créé à l’initiative de Steve Green, propriétaire des magasins de décoration Hobby Lobby, ce paquebot de 40000 m2 sur huit étages offre trois niveaux principaux d’expositions, un espace dédié aux enfants, une boutique et deux restaurants. Sa réalisation a coûté 800 millions de dollars, entièrement financés sur fonds privés. L’entrée est gratuite, mais les donations bienvenues. Premier du genre dans le monde, le Musée de la Bible déploie un merchandising décomplexé et kitsch, qui va jusqu’aux foulards et cravates imprimés de croix ou d’une carte de Terre sainte.

La famille Green avait déjà publiquement affiché sa foi en obtenant de la Cour suprême en 2014 le droit de déroger, pour raisons religieuses, à l’obligation contenue dans l’Obamacare de couvrir les frais de contraception de ses employées. Dans une capitale fédérale plus à gauche que le reste du pays, certains redoutaient que son militantisme ne débouche sur un musée évangélique, voire «créationniste», proposant une lecture littérale de la génèse. Le résultat est plus subtil, quoiqu’ouvertement apologétique.

Une collection assez pauvre

À l’exception de quelque 600 bibles du monde entier, la collection reste artistiquement assez pauvre, dominée par les fac-similés, les présentations vidéo et les reconstitutions en carton-pâte. Cela ne semble pas déranger le public, ému aux larmes devant «le monde de Jésus de Nazareth», reconstitution à la mode de Disneyworld. L’été dernier, Steve Green avait dû restituer des milliers d’objets acquis par des voies douteuses en Irak et payer une amende de 3 millions de dollars au fisc américain.

Le musée s’emploie à démontrer que la Bible est partout, dans la science, la mode ou la cuisine, parce que Dieu est partout. Le rappel insistant du rôle de la foi dans la fondation des États-Unis présente le pays comme intrinsèquement chrétien. Le contenu de la Bible, le récit et les personnages sont moins mis en valeur que l’objet lui-même, son avènement, son impression, sa traduction en 671 langues. L’histoire sombre des schismes, des guerres de religions et de l’Inquisition, comme les débats actuels sur l’avortement sont passés sous silence.

«Nous avons voulu éviter les fractures sociales et culturelles, dit le directeur, Tony Zeiss. Notre but est de présenter la Bible telle qu’elle est afin de laisser les gens se faire leur propre idée». Mais le prosélytisme soft du musée ne réussit pas à faire l’unanimité. Le révérend Marshall Foster, à la tête du puissant World History Institute de Californie, estime que «Jésus n’est pas assez présent: s’ils veulent qu’on leur envoie nos 15000 étudiants, ils devront densifier la représentation des Ecritures, dit-il. Autrement ils risquent de perdre la communauté chrétienne». Dans un pays comptant 70% de chrétiens, dont 40% croient à la vérité littérale de la Bible, le risque paraît limité.

Par Journaliste Figaro Philippe Gélie

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